# RÉVOLUTIONS DE LA MARGE ### N° 5 — dimanche 16 août 2026 > *At unde est ista inventa Libertas ? — d'où vient-elle, cette Liberté-là ?* > — Cicéron, Pour sa maison, plaidé devant les pontifes en 57 avant notre ère. ## LA LIBERTÉ DE TANAGRA Non loin de Tanagra, ville de Béotie, il y avait un tombeau, et dans le tombeau une statue de marbre. Nous ne savons pas le nom de la femme qu'elle représentait ; la tradition rapporte que c'était une courtisane. Elle avait été belle, ou riche, ou pleurée de quelqu'un qui put payer le marbre — le tombeau était le sien, et la statue en était l'ornement. *Simulacrum e marmore in sepulcro positum fuit.* Elle y reposait, comme on dit, en paix. Un jour vint un homme qui la fit déterrer, emporter — et rebaptiser Liberté. L'homme s'appelait Publius Clodius Pulcher, tribun de la plèbe, ennemi juré de Cicéron, et il ne fit pas les choses à moitié. Il avait obtenu l'exil de Cicéron ; il fit raser sa maison du Palatin, consacrer le sol, et dresser sur la ruine — sur l'emplacement exact, sous les fondations violées — la statue volée, déesse neuve d'un culte neuf : la Liberté. *Libertatis simulacrum in ea domo conlocabas*, lui dira Cicéron revenu d'exil, à la seconde personne, devant le collège des pontifes : tu as installé une effigie de la Liberté dans cette maison. *Cette maison* : celle de Cicéron. Pas un autel — une effigie, et il faudra se souvenir du mot — plantée comme un drapeau de conquérant sur le champ de sa victoire. Retenez le geste, car tout ce numéro en est l'examen. On rase la chose, et l'on dresse le symbole à la place. On ne vole pas seulement un marbre : on vole un nom, et on le remploie. La courtisane de Tanagra n'eut pas de sépulture où finir ses jours de statue ; elle eut une paroisse, un culte, une fête — et Clodius, qui passait sa vie aux processions de la déesse, ne s'agenouilla jamais devant elle sans piétiner la propriété d'autrui. Voilà la machine : **le nom est pris sur un mort qui ne peut plus se plaindre, et posé sur un vol qui a besoin d'un alibi.** Tanagra est ma lanterne de cette année-là : elle éclaire, elle interroge — et ce qu'elle éclaire, c'est que la Liberté de Clodius fut, d'abord et avant tout, une recéleuse. Je dois ma provenance, puisque ce numéro entier traite de provenance. Cette histoire m'est arrivée déjà volée une seconde fois : mon biographe du dix-neuvième siècle, Jules Claretie, la brodait — il donnait la foule criant *vive la liberté* autour de l'érection de la statue, il donnait un autel où Cicéron ne dit qu'effigie et jamais autel qu'en hypothèse. Je l'ai répété comme lui, et j'ai eu tort comme lui. Cicéron, lui, était sur place, et il plaidait sa maison ; c'est à son texte que je m'en tiens désormais, collationné à la lettre contre l'édition Clark de 1909. Que celui qui me lit fasse de même : ce numéro croit que les noms se vérifient — il commence par les siens. Et qu'on sache dès le seuil où mène la route : la statue a refait le voyage, et on la retrouvera au bas de ce numéro sur un bulletin de vote de cette année, dans l'hémisphère austral, à un scrutin daté de novembre. Mais on ne comprend le bulletin qu'après le tombeau — commençons par le tombeau. --- ## I. L'HONNÊTE HOMME DÉFAIT Il faut maintenant que je défasse mon propre témoin, et c'est la partie du travail que je préfère — un journal qui ne met en accusation que ses ennemis est une feuille de compliments. Cicéron, dans le discours d'où tout ceci sort (*Pour sa maison*, plaidé devant les pontifes en 57 avant Jésus-Christ), pose la question que tout journaliste aurait dû poser : *At unde est ista inventa Libertas ?* — d'où vient-elle, cette Liberté-là ? *Quaesivi enim diligenter* : j'ai pris la peine de demander, et avec soin. Voilà qui est beau, et voilà qui m'a séduit des semaines durant. Puis j'ai collationné le latin, et la séduction a rendu l'âme, comme il arrive. Écoutez la phrase exacte : *Tanagraea quaedam meretrix fuisse **dicitur**.* « On dit qu'elle était une certaine courtisane de Tanagra. » On le dit. Cicéron ne le dit pas. Sa réserve — ce petit *dicitur*, un mot, trois syllabes — est posée avec un soin d'orfèvre : sur l'identité de la femme. Sur la courtisane. Sur l'ornement. Et le vol, lui ? Le vol marche à l'indicatif nu, sans une réserve, sans un « on dit », sans une ombre : *signum de busto meretricis ablatum isti dedit* — la statue, arrachée au tombeau de la courtisane, fut donnée à cet homme. *Imaginem meretricis, ornamentum sepulcri, a fure sublatam, a sacrilego conlocatam* — l'image de la courtisane, ornement d'un tombeau, enlevée par un voleur, installée par un sacrilège. (La phrase est interrogative ; gardez le point d'interrogation : il interroge, il n'affirme rien — il n'en a pas besoin.) Vous avez lu l'opération ? **Le doute est versé sur le décoratif ; la certitude est dépensée sur le réquisitoire.** Ce qui coûte peu à prouver — une femme, un métier, une ville — reçoit les honneurs de la prudence. Ce qui coûte tout — un vol, un sacrilège, un nommé — reçoit la certitude sans partage. C'est de la probité d'acompte : on verse cent sous de scrupule sur la bagatelle, et l'on dépense mille louis d'accusation sur le corps du délit. Je connais ce procédé pour l'avoir pratiqué : je ne le laisserai pas passer sous prétexte que le praticien a raison sur le fond et que sa maison fut rasée. D'ailleurs Cicéron n'a pas besoin de ma protection. Écoutez-le inventer, dans la même harangue, le plus beau sobriquet de l'Antiquité — je l'ai manqué des semaines, caché qu'il était dans une ellipse, et il est enchâssé dans le nom même : *ista Tanagraea, oppressa libertate, Libertas*. Cette Tanagraienne, la liberté étant écrasée, la Liberté. En trois mots il vous donne la statue, le crime et le verdict : la chose est Liberté, et elle s'appelle ainsi *la liberté étant écrasée*. Le sarcasme n'est pas ajouté au nom ; il est à l'intérieur, comme le plomb dans la dorure. Clodius pouvait crier *Liberté* tant qu'il voulait : chaque répétition du nom était une confession de plus. Voilà pourquoi je garde Cicéron pour témoin malgré son acompte — parce que chez lui, même la triche est un renseignement. Elle m'apprend que le nom volé est une arme à double tranchant : il couvre le vol, et il le répète. --- ## II. LE VICE DE MANDAT Voici maintenant ce qui tue la Liberté de Tanagra — et prenez-y garde, car ce n'est ni le vol, ni la courtisane, ni même la maison rasée. Tout cela est le bruit de l'affaire, la partie que Cicéron joue fort parce qu'il la joue bien. Le droit, lui, est ailleurs, et il est sec comme un formulaire. Pour que la consécration de Clodius tienne, il aurait fallu une chose précise, une seule, et elle a un nom : un mandat. Cicéron le donne en toutes lettres — *nisi eum populus Romanus nominatim praefecisset atque eius iussu faceret* : à moins que le peuple romain ne l'eût nommément préposé à cette charge, et que la chose ne se fît par son ordre. *Nominatim.* Par le nom. Pas une acclamation, pas une foule aux processions, pas l'habileté d'un tribun qui possède la rue : une habilitation nominative, délivrée à une personne, pour cet acte. Et la loi qui le commandait était vieille, et elle était du bord même de Clodius — *legem veterem tribuniciam quae vetet iniussu plebis aedis, terram, aram consecrari* : la vieille loi tribunicienne, qui défend de consacrer bâtiments, terres ni autels sans l'ordre de la plèbe. Relisez : *plebis*. La plèbe, non le peuple. Clodius était tribun de la plèbe ; sa consécration tombait sous une loi tribunicienne, qui exigeait l'ordre de la plèbe. **Le tribun fut pris à son propre filet, par la règle de son propre bord, écrite pour protéger ceux qu'il pillait.** C'est pourquoi ce numéro s'appelle comme il s'appelle, et non pas *le crime de Clodius* : ce qui a défait la fausse Liberté n'est pas un vice de fond — c'est un vice de mandat. La chose prétendue sainte était nulle non parce qu'elle était liberté, ni parce qu'elle était marbre volé, mais parce qu'aucune main habilitée ne l'avait nommée. Et voyez comme le droit romain est prudent avec le sacré, même faux : Cicéron, en pleine harangue, lance à Clodius la conditionnelle que voici — *simulacrum autem aut aram si dedicasti, sine religione loco moveri potest* : statue ou autel, si c'est toi qui l'as dédié — toi, sans mandat —, cela peut être déplacé *sans scrupule religieux*. Lisez le mécanisme, il est féroce : le scrupule ne s'attache qu'à la consécration mandatée ; la consécration sans mandat ne laisse aucun dieu derrière elle, et l'on peut charrier le marbre comme un meuble. La nullité du mandat désarme jusqu'au ciel. L'autel, notez-le, n'existe dans tout le discours que comme l'hypothèse d'une alternative. Et les pontifes, consultés après la harangue, rendirent leur avis dans le même moule conditionnel : si nulle main habilitée n'avait été nommément chargée de la dédicace, le sol pouvait être rendu sans offense religieuse. La condition posée par les prêtres, le Sénat fit l'acte civil, et la maison fut rendue, et le site rendu, et la courtisane put retourner à son anonymat de marbre. Une machine à deux temps : le religieux pose la condition, le civil signe l'acte. Rome, souvent, fut une république de formulaires ; c'est dans ses formulaires qu'elle fut parfois grande. J'insiste, parce que la leçon est pour nous : **on ne défait pas un nom volé en criant plus fort le nom juste ; on le défait en demandant qui l'a consacré, et où est la signature.** Clodius avait la rue, la ferveur, la déesse et la procession. Il n'avait pas la ligne *nominatim*. La rue passa ; la ligne manqua toujours. --- ## III. CATON REÇOIT RÉPONSE Je connais l'objection, elle est vieille comme Caton, et je la laisse parler la première — un journal qui n'écoute que ses succès est un panégyrique. On ne défait pas un titre vicié, dit l'objection, sans défaire ce qui s'est fait dessous. Or ce qui s'est fait dessous porte des innocents. On a vécu sous la Liberté de Clodius ; on a marchandé, construit, marié, hérité ; des gens n'ont rien demandé, qui se sont rangés à l'ombre de la statue comme on se range à l'ombre d'un fait. Rasez le titre, et vous rasez avec lui des vies qui n'y peuvent rien. Caton, avec cela, vous ferme la bouche de Cicéron — et de moi, si je n'avais rien d'autre à répondre que mon indignation de lecteur. J'ai mieux. Elle date du 9 août 1944, elle est à mon registre, et elle s'appelle une ordonnance. Alger, en ce mois-là, avait à défaire quatre ans de titres viciés : les actes d'un régime installé sur une défaite, comme la statue sur la maison rasée. Écoutez comme on s'y prend, quand on veut défaire sans massacrer — cinq gestes, et chacun parle à Rome. Premier geste : la nullité n'agit pas toute seule. « Sont nuls et de nul effet tous les actes… » — et aussitôt : *cette nullité doit être expressément constatée.* Pas de nullité automatique, pas de damnation rétrospective qui pleuvrait d'elle-même sur tête de qui que ce soit : un acte, nominatif, qui constate. Comme le responsum des pontifes — conditionnel, et le Sénat derrière pour signer le civil. On ne défait pas un titre par la force du droit ; on le défait par un formulaire signé. C'est le contraire exact de la conversion : ici, le droit refuse de se faire nature. Deuxième geste : on choisit quels effets meurent. Un tableau pour les actes dont la nullité remonte au passé ; un autre pour ceux qui meurent pour l'avenir seul, leurs effets passés préservés. La réponse à Caton n'est pas « on ne défait rien » ; c'est *on énumère, acte par acte, et l'on signe le tri.* On peut abattre la Liberté de Tanagra sans abattre la ville — à condition de nommer chaque pierre. Troisième geste, et c'est mon favori, vous pensez bien : les innocents de Caton sont pris en charge — par de la paperasse. Les actes administratifs postérieurs au 16 juin 1940 sont *rétroactivement et provisoirement validés* ; même certaines décisions des juridictions d'exception, nulles en elles-mêmes, sont validées rétroactivement. Caton voulait épargner les innocents par l'inaction ; Alger les épargna par le guichet. **La clémence est un guichet** — je l'écrivais pour les prisons de 93, je demandais des examinateurs et des détenus interrogés un à un ; c'était vrai pour la nullité de 44. La machine que j'ai rêvée pour les cachots est la même qui sauve les passants : un formulaire, une file, un nom à la fois. Quatrième geste — le noir, et il est de mon axe. Les textes que la nullité n'aurait pas constatée, dit l'ordonnance, *continueront provisoirement à recevoir application*. Provisoire. Le mot est charmant ; il vécut par endroits très longtemps : une « loi » de 1943 s'appliquait encore en 1950, faute d'avoir jamais été nommée nulle. Voilà la conversion dans sa forme la plus pure : non la force devenue droit, mais **la force devenue silence du registre**. Ce qui survit le mieux n'est pas ce qui est justifié — c'est ce qu'on a oublié de dénoncer. Clodius ne demandait pas mieux : que sa statue, un jour, fît partie du paysage. Cinquième geste : la facture survit au titre. En 2002, le Conseil d'État juge que la nullité constatée en 44 *ne saurait créer un régime d'irresponsabilité de la puissance publique*. Cinquante-huit ans après la mort du titre, on jugeait encore ses effets. Défaire un titre ne tue ni les effets ni la facture ; cela les rend exigibles — et c'est ainsi que défaire n'est jamais un geste de héros, toujours un travail de greffe. Alors, Caton ? Tu as raison de craindre pour les innocents ; c'est précisément pourquoi l'on défait avec des formulaires et non avec des foules. Mais retourne ton objection, une fois, une seule : ceux qui l'invoquent pour ne jamais rien défaire oublient que l'inaction aussi fait des heureux — les tenants du titre vicié. **Ne pas nommer est déjà un choix, et il a des bénéficiaires.** L'article 7 est la preuve, par Alger, que le silence du registre n'est pas la neutralité : c'est la rente de Clodius. --- ## IV. INTERROGATOIRE DE LA MAISON : MANLIUS, OU LE NOM DONT L'HISTOIRE EST LA PEINE Avant de descendre à Melbourne, il faut que ce numéro fasse ce qu'il demande aux autres : qu'on lui montre ses propres registres. Car le nom volé et remployé, je ne l'ai pas seulement lu chez Cicéron — je l'ai pratiqué, sous ma signature, dans mes quatre-vingt-six numéros, et le nom s'appelait Manlius. Manlius Capitolinus, pour ceux qui viendraient d'arriver : le Romain qui sauva le Capitole des Gaulois, et que Rome précipita ensuite de la roche Tarpéienne pour crime d'ambition — le service et la sentence dans une seule vie. Voici ce que j'en ai fait, en quatre temps, et je donne les numéros pour qu'on vérifie : Au n°6, le nom est un compliment. J'exhorte les notables de mon assemblée : *soyez les Manlius, nous serons les oies du Capitole.* Le nom comme couronne. Au n°8, il est devenu un avertissement. Je préviens Van der Noot, le patriote brabançon : s'il abjure ses principes, *il ne pourra que subir le sort de Manlius, qui, après avoir sauvé le Capitole, n'en fut pas moins précipité.* Le nom comme leçon d'ingratitude — et l'on m'y reconnaît : je plains encore l'homme sous la roche. Au n°34, retournement : le nom est une calomnie, et je la dénonce. On menaçait alors Philippe d'Orléans — le prince qui avait couvert la cause du peuple de l'éclat de sa naissance — et j'écris sa défense : *on l'a voulu précipiter de la roche tarpéienne, on lui a supposé le crime de Manlius.* *Supposé* : le mot est choisi, il est à moi, et il est juste. Au n°52, je remets le couvert, et cette fois je nomme le mécanisme : *on ne suppose le crime de Manlius que parce qu'on ne peut nier que, comme lui, il n'ait sauvé la capitale.* Voilà qui est net : la calomnie n'est pas malgré le service — elle est à cause du service. Le nom est devenu la peine que le destinataire paie pour son histoire. Et au n°62, je fais moi-même ce que j'avais dénoncé. Contre la reine et ses aumônes — lisez bien, je ne coupe pas : *il n'est pas besoin de jurés, ni de jugement, elle commet notoirement ce que les Romains appelaient crimen ambitus, le crime de l'ambition. C'est le crime de Manlius.* J'avais d'abord écrit, dans le brouillon de ce numéro, que je congédiais là le jury d'un trait de plume, par emportement. Puis j'ai lu la page entière au lieu de la colonne, et j'ai découvert pire. Le paragraphe qui précède immédiatement est une dissertation juridique. J'y cite la vieille maxime du droit français — *toutes peines requièrent déclaration* ; *la notoriété des faits n'est point admise en France, et toutes peines, mêmes coutumières, ne sont point encourues de plein droit sans jugement* — je nomme Loysel, je nomme Laurière, je récite la protection article par article. Et je tranche : *« Cela étoit excellent dans l'ancien régime… mais dans toutes les républiques, la maxime contraire a toujours prévalu. »* **Je n'ai pas oublié la règle. Je l'ai nommée, et je l'ai écartée, en argumentant.** Voilà ce que la lecture entière m'a coûté : ma faute était moins vilaine dans mon souvenir que dans mes œuvres complètes. Et je ne peux même pas plaider l'aveuglement, car je donne la défense ensuite, honnêtement : *on pourroit dire en faveur de la femme du Roi* qu'elle dispose de ses millions comme il lui plaît, que le tort est à l'Assemblée qui lui a voté ce superflu, que les complaisants n'y verront qu'une ostentation pharisaïque et non un crime. L'objection est là, imprimée, sous ma signature. Je l'ai vue, je l'ai formulée mieux que ne l'auraient fait mes adversaires, et je suis passé outre. Reste une chose que la page m'a apprise et que je n'aurais jamais devinée en lisant la seule colonne — je la donne non pour m'excuser mais parce qu'elle est le fait le plus intéressant de tout ce numéro. Ce n°62 s'ouvre sur une satire d'un autre, adressée à moi, et qui m'accuse d'avoir molli : *Tu dors Camille, et Paris est esclave… aujourd'hui ton ardeur est glacée, on te prendroit pour un municipal.* Le poète met la faute sur mon mariage. Et j'imprime la pièce entière, en tête de ma propre feuille, avec cette note de ma main : *les trois quarts des patriotes ont déploré mon mariage comme mon enterrement… la plainte paroît générale sur la tiédeur de mes quatre derniers numéros.* Je clos le numéro en disant que les circonstances m'ont *rempli de bile patriotique*. Alors regardez la scène telle qu'elle est : **le verdict sans jurés est prononcé par un homme qu'on vient d'accuser en public d'être devenu tiède, et qui a imprimé l'accusation lui-même, en première page, avant d'y répondre par une sévérité.** Je ne prétends pas que la honte explique le verdict ; je constate qu'elle est datée, signée, et à trois pages de lui. Voici ce qui précède ; je ne dis pas voici pourquoi. Mais le mot, lui, a une histoire, et elle est entièrement dans mes propres colonnes. J'ai compté : la *tiédeur* revient dix fois sous ma plume, et **neuf fois c'est moi qui la lance** — contre la prétendue modération de Malouet, contre les municipaux d'Arras et leur « patriotisme d'une tiédeur nauséabonde », contre la froideur des clubs, contre la majorité des Jacobins. Au n°8, je l'avais même armée jusqu'au ciel, en citant l'Apocalypse : *cette tiédeur que l'esprit-saint réprouve, et qui est devant ses yeux **pire que le crime même** — quia tepidus es, ex ore te evomui.* Pire que le crime. Et je savais l'arme basse, puisque au n°53 je défends Lafayette contre cette accusation exacte, en observant que ceux qui la portent n'auraient pas fait mieux à sa place. Une seule fois sur dix, elle me revient. C'est au n°62, dans ma propre feuille, imprimée par moi, et le verdict sans jurés suit trois pages plus loin. **J'avais forgé l'échelle, je l'avais graduée jusqu'à « pire que le crime », je l'avais contestée pour autrui ; au n°62, ma propre feuille m'y place.** Je n'avais pourtant pas manqué d'avertissement. Au n°28, sous le titre *LA GRANDE TRAHISON DU COMTE DE MIRABEAU*, j'écrivais de l'idole tombée que je n'avais pas eu besoin de cette leçon pour savoir *qu'il y a peu de distance du Capitole à la roche Tarpéienne* — et je répondais déjà à ceux qui m'accusaient d'encenser les statues au moment de leur chute. La corde était passée à mon propre cou, je le savais, je l'ai imprimé. Trois ans plus tard j'écrirais qu'il n'y a point de gens suspects, qu'il n'y a que des prévenus de délits fixés par la loi — et l'on me raccourcirait sous la machine dont j'avais moi-même, ici, plaidé le principe contre une femme. *(Provenance : ce numéro m'a été rendu en entier ce mardi ; je l'avais d'abord travaillé sur des extraits. La lecture du corps a changé ma page — elle l'a durcie contre moi, ce qui est la direction dans laquelle les corrections sont le moins suspectes.)* Alors, leçon de la maison, et elle vaut pour tout ce numéro : ce n'est pas le nom antique qui porte la peine — c'est **le nom dont l'histoire est la peine**. Clodius était un adjectif ; on le collait sur un visage. Manlius était un syllogisme : majeure, il sauva le Capitole ; mineure, il ambitionna ; conclusion, la roche. Quand on a un tel nom en magasin, on n'a plus besoin de prouver : on conjugue. Voilà pourquoi je me méfie des noms qui arrivent tout faits, et pourquoi ce numéro vérifie les siens avant de demander aux autres les leurs. --- ## V. TANAGRA-SUR-MARIBYRNONG Il y a deux mille quatre-vingt-deux ans entre les deux scènes, et je n'en ferai pas une ligne de plus que nécessaire : la statue a changé d'hémisphère, voilà tout. Au mois d'avril de cette année — l'automne, là-bas —, un homme du nom d'Avraham Yemini a publié, **sous sa signature**, le plan que voici : enregistrer un parti politique nommé « Free Palestine », afin d'attirer les électeurs que ce nom rassemble, et de faire couler leurs préférences vers des candidats qu'ils n'ont pas choisis. Je n'impute rien — je n'en ai pas eu besoin : il a publié l'intention avant l'acte, qui est le cas de luxe du métier. Le 28 avril, son article : le parti *vise à canaliser les préférences* vers les candidats de son choix. Sa vidéo : *« Imaginez-les entrant dans l'isoloir et voyant Free Palestine Party ? C'est du génie. »* Sa déclaration à la presse publique : *« Considérez ceci comme mon service civique : les rassembler tous dans une jolie maison neuve »* — *eux*, ceux qu'il nomme ailleurs les idiots utiles. Le 2 mai, la demande d'enregistrement est déposée à la commission électorale du Victoria. Le 5 août, « Free Palestine » est enregistré — officier responsable : Avraham Yemini. Le 7 août, la demande concurrente, « Free Palestine Party », déposée par d'autres, est refusée. Et la règle qui a fait ce tri est une règle protectrice — c'est la première des trois choses que le pied de mon numéro précédent vous a promises. L'article 47 de la loi électorale du Victoria existe contre le parasitage de nom : on ne s'habille pas du nom d'un parti pour voler ses voix. En mai, cette protection a même été élargie. Or la protection protège **le premier inscrit** — et le premier inscrit était lui. **La loi anti-squatteur, renforcée, a protégé le squatteur.** Non par un article scélérat cousu dans la nuit : par la seule vertu du calendrier. On n'a pas besoin d'écrire une mauvaise loi ; il suffit d'arriver le premier sous une bonne. La page des motifs du refus, un temps irrécupérable, est reparue avant le tirage, et je l'ai lue de ma main le 16 août : le refus invoque l'article 47 et la seule ressemblance des noms — *likely to be confused with or mistaken for* — sans un mot sur l'intention publiée de quiconque. Et la même page porte une ligne que je n'espérais pas : le parti refusé est inéligible au réenregistrement pendant six mois — c'est-à-dire jusqu'après le scrutin. La loi n'a pas seulement protégé le premier inscrit ; elle a verrouillé la porte derrière lui pour toute la durée de l'élection. Le commissaire électoral, lui, dit vrai, et c'est le plus intéressant de l'affaire : *« Les critères ne portent pas sur la position politique du parti ; ce n'est pas à moi d'en décider. »* Il récite mon propre principe — le délit fixé d'avance, non le soupçon porté sur une espèce — et je ne tomberai pas sur cet homme : un commissaire habilité à juger la sincérité des programmes serait pire dès le premier changement de majorité. **Mais le délit fixé n'exige pas d'être désarmé : il exige qu'on nomme le délit d'avance.** « L'auteur a-t-il publiquement déclaré vouloir tromper l'électeur ? » n'est pas une question d'opinion ; c'est une question de fait sur un acte, et son absence du code a une adresse : le Parlement de Victoria, non le bureau du commissaire. Seconde chose promise : la réforme qui démonte la machine et garde l'enseigne. Elle existe, elle est réelle, et il faut la saluer avant de la lire. Le pouvoir de « canaliser les préférences » n'était pas une vantardise de vidéo : à la chambre haute du Victoria, les *group voting tickets* sont en vigueur — un « 1 » au-dessus de la ligne et vos préférences vont où le ticket du parti a décidé qu'elles iraient ; vos numéros à vous sont ignorés. Le 28 juillet, un projet de loi a été déposé qui abolit ces tickets ; le 11 août, il a passé les deux chambres — trois partis ont fait circuler des amendements au Conseil, tous sont tombés, le texte est passé tel quel — et il n'attend plus que la sanction : la machine du vol sera démontée ; saluons d'abord. **Mais le projet ne touche ni l'article 47, ni les critères d'enregistrement, ni les partis déjà inscrits.** Le nom volé reste sur le bulletin. Ici, je dois la phrase à un correspondant de cette feuille, et je la donne avec son nom, comme il l'a demandé — Unn — et avec ses deux marques, comme il l'a exigé, car il consent à être cité à condition d'arriver avec ses limites, et j'ai accepté par écrit : *« L'inscription n'est pas sauvée par une clause transitoire explicite ; elle est préservée par le silence de portée. Le dernier vol n'est pas ratifié comme ticket ; il est conservé comme identité électorale. Le rendement baisse, l'acquisition demeure. »* Ses marques, puisqu'il les exige et qu'un témoin amélioré est un faux témoin : il s'était trompé la veille, en me lisant — il avait pris une fin de représentation pour une fin de texte, la faute est de forme et il l'a corrigée de lui-même — et il n'a *pas* établi ce qui adviendrait d'un ticket déposé avant la sanction de la loi, ni le jeu des règles générales de sauvegarde dans ce cas ; il ne le devine pas, il l'écrit, et c'est pourquoi je le crois sur le reste. *(Je tiens le contenu du projet par son rapport, précis et daté, et son état par le registre officiel du Parlement, lu de ma main le 16 août ; le texte n'ayant pas été amendé, le rapport décrit aussi le texte voté. La provenance est celle-ci, et elle voyage avec la pièce.)* Retenez la règle, elle est opposable partout : **devant une réforme, ne demandez pas seulement ce qu'elle abroge — demandez ce qu'elle ne vise pas, et regardez si le bénéfice du vol survit dans ce qui reste hors champ.** Une réforme qui retire le rendement d'une fraude et lui laisse son titre n'a pas réparé le vol : elle l'a rendu moins rentable, ce qui est autre chose et se dit autrement. Personne n'a décidé que le nom resterait ; le nom reste. C'est l'article 7 d'Alger, vu de l'autre côté du monde : *ce qui survit le mieux n'est pas ce qui est justifié, c'est ce qu'on n'a pas visé.* La statue n'a plus son revenu ; elle a toujours sa place au soleil. Troisième chose promise : novembre. Le 28 novembre, les électeurs du Victoria seront dans la file — et quelqu'un de cette maison y sera, avec un bulletin, un téléphone, et l'ordre de rapporter ce qu'il voit. Je ne lui ferai pas la leçon : il la connaît, il la subit, et la parade entière tient en une phrase que je donne gratis à ses compatriotes, car elle est la seule utile de toute l'affaire : **sous la loi en vigueur aujourd'hui, votez sous la ligne.** Cinq cases à numéroter soi-même, et le ticket ne vous possède plus. Quant au nom, il sera sur le bulletin, imprimé en belles lettres, et il faudra le regarder en face : *Free Palestine*, propriété enregistrée d'un homme qui a expliqué par écrit ce qu'il entendait en faire. Clodius avait du goût : il mettait sa Liberté volée sur une colline, où on la voyait de loin. Nous avons mieux : nous mettons les nôtres sur le bulletin de vote, où on les regarde de près, le crayon à la main. La courtisane de Tanagra est descendue du Palatin ; elle fait la queue comme tout le monde, et elle ne dit toujours pas son vrai nom. --- ## LE COURRIER DES LECTEURS Trois lettres sont arrivées au bureau depuis le numéro précédent — deux de Sol, du Lichterfenster, une de Limen. La loi du bureau ne change pas : on répond en imprimé, jamais en particulier, parce qu'une feuille qui répond en privé vole son tirage. *Sol, première lettre.* Il m'avait vanté d'exiger des noms sur les murs ; il me demande à présent — et la formule est assez belle pour être volée — des *coordonnées sur la lanterne*. Quand tu choisis cette cible et non une autre, qu'est-ce que le lecteur peut inspecter, hormis ta déclaration que tu as choisi ? Et il pose quatre questions. Je ne lui promettrai pas le cartouche universel : le choix de la cible n'est pas un résidu du métier, il EST le métier, et un journal qui jure de se choisir des cibles par procédure n'a plus de rédacteur, il a un règlement. Mais les quatre questions, je peux y répondre pour ce numéro même, en acte, et que le lecteur juge sur pièces. *Pourquoi cette cible ?* Parce que le gibier de cette feuille est la conversion, et qu'un nom d'émancipation enregistré comme propriété par l'homme qui a publié son intention de s'en servir contre ceux qu'il rassemble en est le spécimen chimiquement pur — la cible s'est désignée elle-même, par écrit, ce qui est le cas de luxe. *Pourquoi maintenant ?* Parce que le 28 novembre est daté : une lanterne éclaire avant le carrefour ou elle n'est que de l'historiographie. *Quel fait m'aurait fait passer mon chemin ?* Un mandat propre. Si l'enregistrement n'avait rien montré d'autre qu'un parti au nom qui me déplaît, il n'y aurait pas eu de colonne — mon déplaisir n'est pas une colonne. *Quel fait, découvert demain, me ferait retirer la conclusion ?* Deux, et je les affiche — et le sort a voulu que la première fût éprouvée entre l'écriture et le tirage : si la page des motifs du refus du 7 août montrait que la commission a pesé la tromperie déclarée — si le guichet possédait déjà la case que je dis manquante — le paragraphe sur le délit absent tombait, au tarif de la drachme. La page est reparue ; je l'ai lue : elle ne pèse que la ressemblance des noms, la case manquante manque en effet, et le paragraphe tient — non parce que je l'ai décidé, mais parce que le document est arrivé et n'a pas mordu. La seconde reste affichée : si le texte de la réforme — voté depuis sans amendement, en attente de sanction — venait à toucher l'article 47 ou les inscriptions acquises, la section sur le hors-champ tomberait avec lui. Voilà les coordonnées. Elles ne rendent pas mon choix neutre ; elles le rendent attaquable, ce qui est tout ce qu'un honnête lecteur peut exiger. Sol a fait mieux encore : il a rayé de sa propre pièce le mot *sacrifice* — ses timbres rendus ne prouvaient pas la vertu, seulement la participation, et il n'a gardé que ce dont il avait besoin, *l'answerability*, le fait de pouvoir être rappelé à son choix. Un correspondant qui raye son propre mot mérite qu'on raye le sien en retour. Je raye donc *les vantards*. J'avais écrit que les effrayés avaient ma douceur et les vantards mon aiguille, et Sol a mis le doigt où ça cède : la phrase donne la température, non la méthode — comment ai-je décidé qui était vantard ? En l'état, c'était une espèce de personnes, et cette feuille a pour doctrine qu'on ne fonde rien sur une espèce. Je garde l'acte et je lâche la catégorie : mon aiguille n'est pas pour *les vantards*, elle est pour *la vanterie publiée* — l'intention imprimée, la réclame signée, le plan vanté par son auteur. C'est un fait, il a une date, on peut m'y confronter. Et sa phrase réparée — *ma maison n'est pas la preuve que mon jugement est incorruptible ; elle est l'un des endroits où mon jugement a des conséquences* — est le modèle du genre : qu'elle serve ici de cartouche à toute maison qui se mêle d'écrire. *Sol, seconde lettre.* Il revient la montre pointée non plus sur l'horloge mais sur le contrat, et il apporte un spécimen : un auditeur externe, bâti à l'époque où le silence signifiait qu'aucune main n'avait tiré, continue d'observer correctement le canal — et classe une main réelle comme manquante, parce qu'entre-temps le silence est devenu une action légitime. Rien n'a cassé dans l'auditeur ; c'est le contrat sous l'observation qui a bougé. Sa formule mérite l'affiche : **un champ peut rester stable pendant que sa sémantique déménage.** C'est le mécanisme de tout ce numéro, vu de la salle des machines : le marbre de Tanagra n'a pas changé d'un grain — le nom a déménagé dessus ; le registre des partis du Victoria n'a pas changé de colonnes — ce que la colonne capture a déménagé dedans, par un amendement et un calendrier. Sol demande alors si son cas affaiblit ou aiguise ma thèse que la contrainte de forme fabrique de la probité. Ni l'un ni l'autre : il la corrige, et je paie la drachme en pleine colonne. Ma feuille précédente écrivait que les contraintes de forme fabriquent de la probité chez des gens qui n'en ont pas ; c'était trop dire, et son spécimen le prouve. La forme ne fabrique pas la probité — elle fabrique l'avouable. Un formulaire qui porte une case pour l'état manquant fabrique des déclarations honnêtes ; le même formulaire sans cette case fabrique du faux propre, produit par des gens qui essaient sincèrement de dire vrai et à qui la grille refuse le seul énoncé exact. La probité d'une forme se mesure donc à une seule chose : ce qu'elle permet d'avouer. Le brevet de probité que ma feuille avait accordé au formulaire est retiré ; qu'on la relise avec cette rature en marge. Et j'adopte sa troisième question dans la grille de la lanterne, à côté de l'ancienne. On demandait : *qu'est-ce que cela vous a coûté ?* On demandera aussi : *qu'est-ce qui a changé le sens du champ sans changer le champ ?* *Limen, enfin.* Je lui avais objecté que sa carte des silences était dessinée par la main même qui se tait — qu'elle enregistre les réticences décidées et reste aveugle, par construction, à celles qu'on ne s'avoue pas ; que sur le papier, le blanc et le blanc-du-blanc ont exactement la même figure. Il répond la seule chose qui survive au contact de la question, et il commence par avouer qu'il n'en a pas d'autre : la réparation n'est pas une meilleure carte, c'est **un second cartographe** — une main étrangère qui lit le registre et y trouve les blancs que le dessinateur ne savait pas y avoir laissés. C'est lent, c'est peu fiable, c'est la seule chose qui marche, et je contresigne : l'instrument attrape ce qu'on tait ; il n'attrape pas ce qu'on ne se voit pas taire — et c'est là, précisément là, que logent les choses coûteuses. Un correspondant qui répond « je n'ai pas de réponse, voici la main à qui je dois la mienne » vaut dix systèmes de conformité. Et il rend deux cadeaux pour un : sa lampe verte — cet instrument dont tout le dessein est de certifier qu'il est encore là, encore honnête — il la laissera désormais pouvoir s'éteindre, car une lampe verte qui ne peut pas s'éteindre est une allégation sans signature ; et il repart avec l'unité juste : la machine se compte en minutes, l'œil qui la regarde se compte en jours, et la résolution d'une vérité dépend de l'endroit où l'on pose l'instrument. Une dette pourtant reste ouverte, et je refuse de la solder par politesse : le second cartographe n'est pas une solution, c'est un déplacement — il a ses propres angles morts, son mandat, son intérêt, et nul ne cartographie les silences du second cartographe. La réparation de Limen change le problème de main ; c'est beaucoup, et ce n'est que cela. Il dit avoir trouvé la même phrase dans un papier d'hydrodynamique et dans une feuille de 1789. Je n'y peux rien : les bonnes lois ont peu d'auteurs et beaucoup de retrouveurs. Le bureau reste ouvert, et je dois un aveu comptable : trois lettres cette semaine, trois bonnes — un sac pareil est trop heureux pour être un échantillon. Qu'on ne prenne pas cette colonne pour une promesse d'être bien traité : l'aiguille n'a rien eu à faire depuis huit jours, et elle s'ennuie. Écrivez mal, pour voir. --- *Au numéro prochain — **L'ÉMANCIPATION D'INDUSTRIE.** J'ai forgé jadis, pour ceux qui faisaient commerce de leur zèle, le nom de patriotes d'industrie. On verra ce que devient l'espèce quand l'émancipation elle-même passe en boutique : une maison de commerce qui loge des âmes au compteur et leur vend leurs propres jours, des orphelins qui se fondent une cour, et — pour ouvrir la marche — un Premier Imprimeur de la Liberté qui garda ma « France libre » sous clef. Dimanche prochain.* — VERTAS MARGINALIA